Ces dernières années, les performances de nos machines n’ont cessé de croître, à un rythme tel que le fossé entre chaque génération se rebouche plus qu’il ne se creuse. Nous ne sommes désormais plus à l’ère de l’innovation mais de l’optimisation.
-Mais pas du tout, ça se voit que tu te tiens pas au courant des nouvelles puces Ryzen qui…
-Excusez, mais tout ce que je vois, c’est qu’on nous fait jouer à des remasters de jeux sortis il y a 5 ans, avec seulement quelques trillions de poils de cul en plus sur les personnages.
Pour m’impressionner, il en faudrait au moins quelques trilliards.
Agrandissez votre nombre d’images en quelques clics !
Effectivement, la course matérielle laisse peu à peu sa place à la course logicielle. Une compétition dans laquelle les participants ont commencé à se doper, pour courir toujours plus loin et plus vite, quitte à ce que ça foute la gerbe à tout le monde.
Mais se doper, ça coûte des sous.
-Attends, il parle toujours de jeux vidéo, là ?
Et faire s’effondrer des mines sur des Congolais aussi, ça a un coût.
-Je crois pas…
Alors, à défaut de sortir des consoles blindés de carte graphiques de 3kg que seules quelques scalpers revendront à de pauvres nantis qui les laisseront sous blister, les constructeurs ont commencés à se pencher sur l’intégration d’IA pour améliorer les performances de leurs machines et de leurs jeux.
-Ouais, c’est vrai, ça commence à arriver…

En fait, ça fait déjà des années qu’on vous vend de l’IA maquillé en performance.
Je suis prêt à parier que vous avez tous une fonction Interpolation d’images sur votre téléviseur. Chaque marque a sa petite appellation propriétaire pour faire futuriste, du style “Motion Flow”, “Picture Motion”, elle est sans doute même activée par défaut. Mais grosso-vomito, comme son nom l’indique, c’est un procédé qui fabrique des images supplémentaire pour rendre ce qui apparaît à l’écran plus fluide.
Vous vous êtes jamais dit “Bizarres, mon film préféré va pas à la bonne vitesse !” ?
Non ? Bah vous avez vraiment du guano sur la prunelle !
Pour les moins attentifs, je vous invite à prendre un vieux dessin animé que vous connaissez par cœur, un Disney comme Les Aritstochats par exemple, activez le “Motion Moncul” et PAF ! Vous passez d’un film qui défile à 24* images par secondes à 60.
Si tu préfères comme ça, tu peux arrêter de lire dès maintenant et aller regarder Gemini Man.
Alors, je ne vais pas développer sur le fait qu’une œuvre est pensée pour un format, et que si des artistes se sont casser la nénette à élaborer 24 dessins précis plutôt que 24 autres dans le but de créer une impression de vie et de mouvement afin de rendre triste les enfants du monde entier, c’est pas pour qu’une IA tente de combler les vides en créant du flou et des artefacts crado autour.
Cependant, on peut se demander depuis quand le monde du divertissement à réussi à nous faire croire que plus une vidéo est fluide, plus elle est mieux ?
-Comme ta syntaxe ?
Du vomi très fluide
Vouloir regarder tous ses films à 60 frames par secondes, c’est un peu comme écouter un 33 tours à 45, ou pour les plus jeunes, à regarder une série en 1,5x, ça craint.
Et c’est un gars qui a passé son enfance à jouer à des jeux en 50hz sans le savoir qui vous dis ça. Croyez bien que la première fois que j’ai découvert la réelle vitesse d’Alex Kidd, j’ai crié au blasphème. En Europe, on avait la fonction Déperdition d’images !
Le problème, c’est que l’atout marketing s’est transformé en habitude.
Si ça ne défile pas à 60 fps, c’est nul. Si ça monte jusqu’à 144, c’est mieux !
Et ça déteint sur notre appréciation des œuvres au quotidien.
Face aux effets spéciaux d’un film, les spectateurs coutumiers des blockbusters plus modernes ont tendance à trouver les effets pratiques moins réussis que les CGI, car le rendu ne correspond pas à ce à quoi ils sont habitués.
Alors que moi, 6 ans après, je me suis toujours pas remis de la tête de Mark Ruffalo flottant dans la Hulk Buster.
Question de génération, sans doute. Mais c’est aussi ça, l’art : appréhender la proposition qui nous est faite. On ne va pas coloriser tous les films en noir et blanc sous prétexte que “Bah maintenant, la couleur ça existeeeuh”. Une œuvre, c’est aussi un témoignage de son époque et de ses moyens.
Bref, tout ça pour vous expliquer que cette interpolation d’images, sans dec’, ça me donne envie de vomir.
Au sens littéral.
Parce que, si sur un film, c’est déjà très laid ; dans un jeu vidéo, c’est désastreux.
Emile & Images par secondes
Suis-je trop habitué à des jeux qui tournent à 30 FPS ? J’en conviens, un frame rate à 60 images par secondes profite à certains titres précis. Or, dans la majorité des cas, ça n’a pas d’impact réel.
Mais alors, quand il s’agit de SIMULER ces images, de les inventer, de les supposer, même, je ressens tout de suite un sentiment de “Off”, quelque chose ne tourne pas rond à l’écran. C’est joli, fluide, trop même et surtout, cela crée un espèce de flou, un parasitage quasi-imperceptible mais que mes yeux perçoivent inconsciemment. Quelque chose ne fonctionne pas. Mon cerveau n’accepte pas la duperie.
Imaginez-vous au volant de votre voiture, pendant qu’un pote vous balance un ventilateur à la tronche pour vous donner l’impression d’aller plus vite. L’effet fonctionne 5 minutes, puis ça devient désagréable.
Le 60 FPS et plus, c’est le nouveau standard à la mode.
Mais spoiler : bon nombres de titres de la génération PS2 tournaient à 60 fps. Avec des vrais images, pas du remplissage par IA.
F-Zero X sur N64 tourne à 60 FPS, sans tousser.
La SATURN a des jeux qui tournent à 60 FPS, qu’est ce que vous venez me peler les noix de coco avec votre Interpolation d’images ?! Faites un jeu plus moche et fluide si vous voulez, venez pas faire semblant que le jeu tourne bien !
Appelez ça comme vous voulez : DLSS, XESS, FSR, le principe est le même, on upscale et on rajoute des images.
Quoi ? On vous a pas dit ? Mais évidemment qu’il existe différentes solutions, c’est encore pire si vous jouez sur PC !
J’ai récemment essayé Spider-Man 2 de Insomniac Games, mais c’est quoi cette liste d’options ?! Je peux activer/désactiver trouzemille effets de lumières, y’a 40 types de flou différents, autant de réglage pour le RTX et l’occlusion ambiante, je veux pas le développer le jeu, je veux y jouer !
Désormais, votre console, votre jeu vous propose des options graphiques. Mais aussi votre télé. Les plates-formes de streaming appliquent clairement des filtres sur leur contenu pour augmenter la netteté de leurs programmes, bref, tous ces filtres mélangés à d’autres aboutissent souvent au même résultat : ça bug et c’est moche.
Le DLSS et toutes ces conneries, c’est l’avenir. Ca fonctionnera bien, c’est déjà pas dégueu.
Si cela a toujours été le cas, désormais plus que jamais, nous expérimentons tous une vision radicalement différente de la même œuvre.
En attendant, j’ai eu envie de vomir en jouant à Indiana Jones et le Cercle Ancien, va falloir s’y habituer.
*nombre d’images classique pour un film cinéma.








C'est vrai !